Bienvenue

Une rencontre suscitée par un #FF sur twitter, d’échange en échange, de post en post, de jeux de mots en écriture, l’idée de partager ce lieu nous est venue.
Bienvenue ici qui sera le lieu où vous pourrez découvrir nos textes écrits en commun ou chacun de notre côté, avec ou sans contrainte, sur un thème ou l’autre.
Bonne visite,

Bonne lecture à vous qui aimez les mots, nous espérons que vous aimerez les nôtres.

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La boîte à musique * Episode 7

Rodolphe Mauret était un historien et généalogiste parmi les plus réputés de la profession. Son savoir, sa culture et ses accomplissements impressionnaient plus d’un de ses pairs.

Malgré cela, il y avait un mystère qu’il n’avait pas – encore, aimait-il préciser – résolu. Celui d’une famille à l’aura étrange, dont il n’avait réussi à reconstruire que des bribes d’histoires, par-ci, par-là.

Ce qu’il en sait pour le moment, c’est que les différentes histoires entendues ici et là font état d’une famille puissante, mais discrète, dont les pouvoirs dépasseraient la simple influence politique et la richesse. Il n’en sait pas beaucoup plus.

Ses longues années de recherche l’avaient mené à cette ville, dont la briquèterie avait été victime d’un incendie et dont le personnel avait été victime d’étranges symptômes.

Il ne savait pas encore très bien quel rapport il y avait entre la mystérieuse famille et cette fabrique, mais il était bien déterminé à en apprendre davantage.

Après avoir posé ses affaires à l’hôtel, il prit immédiatement la direction de la briquèterie en question…

Il se gara à proximité. L’endroit semblait à l’abandon comme si cela faisait très longtemps qu’il avait été déserté de toute vie. Pourtant ce n’était pas si loin dans le passé que l’incendie était survenu. En tant qu’historien, il lui était arrivé de mener des enquêtes sur le terrain, mais pas si fréquemment que cela, et son cœur battit un peu rapidement au moment de s’introduire dans le bâtiment. Si quelqu’un l’avait surpris, il aurait été bien embarrassé pour justifier sa présence.

Heureusement, le portail en fer n’avait pas grincé lorsqu’il l’avait poussé. N’ayant aucune expérience ni savoir pour crocheter les serrures, il fut soulagé de constater que la porte en bois ayant brûlé en totalité ne demandait qu’à s’ouvrir sur une légère poussée.

À l’intérieur régnait le chaos le plus complet. Pourtant il n’y avait pas d’ouvriers quand l’incendie s’était produit et il ne comprenait donc pas pourquoi il avait cette impression de panique. D’après ce qu’avaient publié les journaux l’incendie avait éclaté un mardi, et personne n’était à l’intérieur, alors pourquoi les endroits non dévastés par le feu étaient ils sens dessus dessous comme s’ils avaient fait l’objet d’une fouille effectuée en urgence ?

Le soleil était couché à présent, et seuls les lampadaires extérieurs dont la lumière forçait le passage à travers les carreaux noircis éclairaient les lieux, ne les rendant que plus lugubres et désolés. Pièce après pièce une angoisse lourde et poisseuse pesait un peu plus sur ses épaules. La désagréable impression que le lieu lui-même ne désirait pas sa présence. Devait-il s’obstiner ? Et puis, par où commencer ? Tout semblait avoir été déjà fouillé. Il en vint même à se demander si les fouilles avaient été antérieures à l’incendie et si celui-ci n’avait pas été déclenché pour en masquer les preuves.

En pénétrant dans l’usine, il cherchait à percer quelques mystères, trouver un indice laissé là par inadvertance, oublié dans la précipitation. Au lieu de ça, il se retrouvait à présent avec de nouvelles questions.

Il ne pouvait cependant se décider à quitter la briquèterie. Quelque chose au fond de lui murmurait qu’il était proche de son but, mais comment trouver quoi que ce soit dans ce désordre ? Il se résigna à abandonner ses recherches méticuleuses, se contentant de promener son regard vaguement dans les pièces et les ateliers qu’il traversait, se fiant au hasard plus qu’à un quelconque instinct.

Lorsqu’il eut dépassé les bureaux et qu’il pénétra dans les vestiaires, il était prêt à abandonner tout espoir et à jeter l’éponge. Toujours cette impression désagréable d’être un intrus. Étrange, telle cette atmosphère qu’on ressent dans de vielles bâtisses depuis longtemps abandonnées. La fermeture de la briquèterie n’avait pourtant rien d’ancien. Était-ce les marques et les ravages du feu qui l’inquiétait ? Alors qu’il se posait la question, son regard fut attiré par un mouvement étrange sur le sol, presque imperceptible. Sous la table du réfectoire dévorée par les flammes, quelque chose semblait attirer la poussière. Se rapprochant, changeant l’angle de son regard, il comprit aussitôt. Il y avait un trou dans le sol. Il dégagea les restes de la table et découvrit une trappe, à présent incomplète, que le parquet avait masquée jusqu’à ce que le feu ne la révèle.

Il n’eut aucun mal à la dégager, mais s’arrêta aussitôt. Les ténèbres qui régnaient dans le souterrain brisaient ses espoirs de découvrir quoi que ce soit. Il n’avait aucune torche sur lui, et il était inutile d’en rechercher une dans la briquèterie. Entre ce que le feu avait dévoré et le désordre qui régnait, il avait peu de chance de trouver quelque chose d’utile. Il se maudit de ne pas en avoir emporté une, invoquant son inexpérience, mais se rassura en se disant que si la trappe ne semblait pas avoir été ouverte jusque-là, il aurait peut-être la chance qu’elle reste invisible jusqu’à son retour.

Il plongea une dernière fois son regard dans l’obscurité en se promettant de revenir au plus vite. Alors que ses lèvres achevaient sa promesse silencieuse, il lui sembla distinguer un mouvement. Un regard le fixait dans les ténèbres. Surpris, terrifié, il tomba à la renverse, heurtant le sol de ses fesses.

Ce n’était pas possible. Il n’y avait personne, c’était simplement cette sensation d’être épié depuis son arrivée qui lui avait joué un tour.

Lentement, il revint au bord du trou que la table dissimulait. Il ne vit rien. Il ajouta cependant une clause à sa promesse, il reviendrait aussi vite que possible le lendemain, mais uniquement lorsque le soleil serait levé.

Il replaça la table aussi bien qu’il le pût, et sortie de l’usine aussi vite que discrètement.

La boîte à musique * épisode 6

Rappel : « La boîte à musique » est une histoire écrite à 6 mains. Chacun a rédigé une partie du texte ci-dessous, à vous de trouver qui a écrit quoi.

Premier épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/01/la-boite-a-musique/

Deuxième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/13/la-boite-a-musique-episode-2-2/

Troisième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/27/la-boite-a-musique-episode-3/

Quatrième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/06/06/la-boite-a-musique-episode-4/

Cinquième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/07/01/la-boite-a-musique-episode-5/

Bonne lecture ! 

 

Malgré ses excellentes manières et sa tenue exemplaire, Frédéric n’avait rien de sympathique. Il était froid, méprisant. Ses gestes semblaient dire tout haut ce que sa bouche taisait, le dédain évident avec lequel il considérait les convives attablés autour de lui.

C’est envers Raphaël qu’il se montrait le plus moqueur. Celui-ci faisait tout pour masquer son inexpérience à être assis autour d’une telle table, sur laquelle trônaient des couverts lourds et magnifiques avec lesquels il ne se sentait que plus mal à l’aise. Il tentait vainement d’imiter l’adolescent assis en bout de table, qui n’était manifestement que plus amusé de contempler ses échecs.

Frédéric était empli de mépris, c’était un fait. Pourtant son attitude avait quelque chose d’étrange, de plus profond, et semblait dirigée spécialement vers Raphaël. Il n’était guère plus souriant envers les grands-parents de ce dernier, néanmoins il avait semblé au jeune garçon surprendre quelques regards plus doux en direction du couple.

Raphaël connaissait cette attitude de défi, cet air supérieur de certains adolescents envers leurs cadets, il en avait maintes fois fait l’expérience au collège. C’est pourquoi il se taisait. Il refusait de laisser Frédéric prendre de l’ascendant simplement parce qu’il savait la raison de leur présence ici. De son côté, l’adolescent semblait décidé à conserver le silence et le pouvoir qu’il lui conférait.

Les plats se succédèrent ainsi, on aurait pu entendre une mouche voler s’il y en avait eu une. Mais au vu de la demeure, de son faste et du nombre important de domestiques qui y travaillaient, Raphaël pouvait presque imaginer que l’un d’entre eux était exclusivement dévolu à l’extermination de ces indésirables. Seuls les « Monsieur », « Madame » des serveurs brisaient le silence, jusqu’à ce que le grand-père de Raphaël ne frappe sur la table.

« Frédéric, mon garçon, crois-moi quand je te dis que je suis désolé de ce qui est arrivé à tes parents ainsi qu’à ton grand-père. Tu n’es pas mon petit-fils, mais je pense pouvoir me permettre de te dire qu’il est plus que temps de cesser de jouer les maîtres de maison et de changer d’attitude face à ton seul cousin. En attendant que ton oncle et sa mère arrivent, tu es le seul à tout savoir, tu as le droit de ne pas l’apprécier, mais tu dois le mettre au courant. »

Pour la première fois, l’auto-proclamé maître de maison parut décontenancé, et en perdit l’assurance qu’il affichait pourtant ostensiblement jusqu’alors sur son visage…

« Mais je … »

Il se mit à regarder l’aïeul puis Raphaël dont il pouvait deviner aisément la curiosité. Il déglutit puis poursuivit…

« Bon, la vérité c’est que je ne sais pas tout, mais uniquement les grandes lignes. C’est en rapport avec l’épidémie qui a frappé votre village et l’incident de la briquèterie. Nous devions vous protéger de cette épidémie pour conserver le trésor de la famille.

— Le trésor de la famille ?

— Quoi, vous n’allez pas me dire que Raph n’est même pas au courant du secret de cette famille ? »

Raphaël lança un regard interrogateur vers son grand-père…

« Je crois qu’il est temps que tu sois au courant, tu es assez grand maintenant et nous ne pouvons plus te le cacher. N’as-tu jamais remarqué à quel point tu étais capable de percevoir ce qu’une personne située proche de toi ressentait ?

— Si, c’est ce qu’on appelle de l’empathie, non ?

— En réalité, il s’agit de bien plus que cela. Tu ne fais pas que deviner les sentiments des autres, tu les ressens, ils vibrent en toi. C’est le secret de notre famille Raphaël, nous percevons ces choses, mieux que quiconque, il s’agit d’un don, qui par moment s’apparente davantage à une malédiction… »

Raphaël accusa le coup.

Il lui semblait que la foudre venait de s’abattre sur lui, et en même temps, c’était comme s’il avait toujours su ou perçu ce qu’il venait d’entendre énoncé pour la première fois. Lui revinrent en rafale des souvenirs de divers évènements survenus à différentes époques de sa jeune vie.

Cette femme croisée dans la rue et dont il avait su sans que rien ne puisse l’expliquer quelle était sa vie de femme maltraitée. Lui était apparu en traversant à ses côtés le passage protégé comme un flash, une sorte de court métrage la montrant agenouillée sur le carrelage de ce qui semblait être une cuisine et implorant un homme en train d’abattre sa main sur elle à maintes reprises.

C’était aussi cette fois où en classe, il avait ressenti si fort le chagrin de sa voisine de table. Pourtant en apparence, rien n’aurait pu laisser deviner sa détresse intérieure. Elle semblait normale, telle qu’on pouvait l’observer chaque jour, et pourtant son monde venait de s’effrondrer la veille. Lors du dîner, ses parents avaient pris un air grave pour lui annoncer qu’ils allaient se séparer. Depuis lors, elle était devenue une automate, mais aucun observateur même averti n’avait rien pu deviner, à part Raphaël.

De telles anecdotes, il en aurait eu des dizaines à raconter maintenant qu’il pouvait mettre un nom dessus. Passé ce moment de surprise, les questions se bousculaient. Il en avait l’habitude, il avait tant de questions et recevait si peu de réponses.

Il choisit de s’adresser à la fois à son grand père et à ce mystérieux cousin dont il n’avait jusqu’alors jamais entendu parler.

–       Un don, je comprends, car cela permet d’aider, d’assister ceux dont on ressent les émotions, mais pourquoi parler d’une malédiction ?

 

Bien que s’étant tourné tour à tour vers Frédéric et vers son grand père, la réponse tarda à venir.

 

A suivre… 

La boîte à musique * épisode 5

Rappel : « La boîte à musique » est une histoire écrite à 6 mains. Chacun a rédigé une partie du texte ci-dessous, à vous de trouver qui a écrit quoi.

Premier épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/01/la-boite-a-musique/

Deuxième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/13/la-boite-a-musique-episode-2-2/

Troisième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/27/la-boite-a-musique-episode-3/

Quatrième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/06/06/la-boite-a-musique-episode-4/

 

L’homme rentra dans la bâtisse. Il n’y avait plus rien d’intéressant à observer. Raphaël s’éloigna donc de la fenêtre.

Un minuscule angle de carton blanc dépassait du moelleux tapis de laine sur lequel le lit imposant trônait et attira son regard. Raphaël le tira à lui, et découvrit une sorte de badge cartonné et y déchiffra des initiales V.C.G. (cette dernière était nouvelle par rapport à celles qu’il avait précédemment observées sur la boite à musique et sur le fronton de la maison) et en dessous le mot « cybercriminalité » suivi d’une série de chiffres. Il se demanda qui avait bien pu avoir la négligence de l’égarer là et de laisser ainsi un précieux indice. Il n’eut pas le temps de mener plus avant sa réflexion. Il se contenta d’enfouir le badge dans une poche intérieure de son sac à dos qu’il appelait sa poche secrète. Il avait coutume de l’appeler ainsi pour plaisanter, mais n’avait jamais eu l’occasion d’y cacher un indice ou un vrai secret.

Se trouvant désœuvré à nouveau, il tenta de guetter les bruits à l’extérieur de la chambre.

Ce n’était pas chose aisée étant donné l’épaisseur de la porte massive et capitonnée. Il entendit tout de même quelques bribes de phrases. « Arrivée… tard …. Nuit. » Il parvint à reconnaître la voix de l’homme qu’il avait surpris en train de téléphoner, mais sans comprendre à qui il s’adressait. C’était une voix féminine, semblait-il.

Il eut à peine le temps de s’éloigner en entendant des pas lourds approcher que la clé tourna rapidement dans la serrure et que la porte s’ouvrit à la volée. C’était toujours le même homme qui entra et lui demanda de le suivre.

Ils descendirent le vaste escalier de marbre intimidant, on se serait vraiment cru dans un musée et le faible éclairage ne faisait qu’ajouter à la frayeur de Raphaël.

Il fut grandement soulagé en voyant qu’on l’invitait à s’asseoir à la table où le couvert pour le dîner était disposé et surtout en y retrouvant ses grands-parents. Ceux-ci ne montraient toujours pas leur crainte si toutefois ils l’éprouvaient. Le couvert était mis pour six personnes. Il se demandait qui seraient les autres convives. Des « otages » comme eux ou d’autres personnes ?

Raphaël n’osait briser le silence qui l’écrasait malgré les dimensions colossales de la pièce. Tout cet espace le rendait mal à l’aise. Ses grands-parents, s’ils n’avaient pas l’air inquiets, semblaient fuir son regard. Il se concentra donc sur les détails de la pièce, comme pour mieux en appréhender l’ensemble.

Les couverts étaient lourds et nombreux autour de son assiette, cela ne le déstabilisait que plus. Il ignorait tout de ces règles de bienséance auxquelles il n’avait jamais prêté une grande importance. Il ne leur prêtait guère plus d’importance aujourd’hui, mais regrettait d’avoir à étaler son ignorance devant des inconnus, dans un endroit qui lui était étranger.

Les mystérieuses initiales ornaient la vaisselle, les ronds de serviette et les centres de table, semblant le narguer. Il releva la tête vers les moulures et les symboles qui ornaient le plafond et paraissaient se reproduire à l’infini jusqu’aux lointaines limites de la pièce. De grands miroirs ornaient les murs, entre les nombreuses fenêtres aux volets clos, et l’agrandissaient encore dans une mise en abime qui le faisait se sentir minuscule.

Sur le mur opposé s’étalait une fresque représentant la demeure ainsi que diverses saynètes. Dans l’une d’elles, un jeune homme offrait une boite à musique à une jeune fille. Une boite à musique frappée du même sceau.

Raphaël fit de son mieux pour dissimuler son trouble. D’un air innocent, il balaya la pièce en sens inverse, guettant les réactions de ses grands-parents et de l’homme qui était resté près de la porte, dans le grand couloir.

Si ses grands-parents n’avaient rien remarqué, l’homme le regardait d’un air scrutateur, une étrange expression dans les yeux. Il était impossible de savoir s’il avait saisi la surprise du garçon. Celui-ci, espérant détourner son attention lui demanda où étaient les toilettes. Il y vit par la même occasion un moyen de tester les limites de mouvement qu’on lui accordait. L’homme lui permit de se lever et de s’y rendre. Elles étaient au milieu du couloir, au bas de l’escalier, situées entre la sentinelle qui ne le quittait pas des yeux et l’immense porte par laquelle ils étaient entrés dans la demeure. On y accédait par une sorte d’alcôve en vieilles pierres qui devaient être antérieure au reste de la bâtisse. Deux portes s’y trouvaient. Une de facture récente bien qu’en bois noble et luxueux, une autre en bois mat, ouvragé, qui paraissait bien plus ancienne. Dissimulé aux yeux de l’homme, Raphaël en actionnât délicatement la poignée, mais elle était fermée à clé. Percevant du mouvement à l’étage, il s’empressa de rejoindre les toilettes où il fit fonctionner la chasse et le robinet pour ne pas éveiller les soupçons.

Lorsqu’il ressortit dans le couloir, des pas se faisaient entendre dans l’escalier, il se hâta de rejoindre sa place autour de la grande table sans se retourner. Il eut à peine le temps de s’asseoir avant qu’un garçon un peu plus vieux que lui ne fasse son entrée dans la salle à manger.

Il ne put s’empêcher de d’abord penser qu’il n’était finalement pas seul ici, que ce jeune garçon serait surement un allié, même s’il n’avait pour l’instant pas d’ennemi.

Et puis il finit par remarquer l’aise du jeune homme, à quel point il semblait être à sa place ici, pas du tout perdu comme Raphaël.

Il adressa à l’assemblée un « Bonsoir, Messieurs Dames », avant d’aller se placer à table, devant la chaise, à la place qui se trouve en bout de table, la place du chef comme on l’appelle.

Raphaël était décontenancé, il s’attendait à tout sauf à ça. Un tas de questions se bousculaient alors dans sa tête. Ce jeune homme était-il le maître de maison ? Avait-il commandité tout ça ? Il se sentait encore plus petit qu’il ne l’était déjà. Seule la voix du jeune homme vint briser le silence pesant…

« Bienvenue ! J’espère que votre voyage s’est bien passé et que vous êtes bien installés ! Je pense que nous allons nous côtoyer pendant un certain temps, donc autant commencer par les présentations.

Je suis Frédéric, je suis né et ai grandi dans cette maison. Vous avez surement beaucoup de questions, mais je vous propose tout d’abord de partager ce repas ensemble… »

Il s’assit alors et fit signe à l’homme resté près de la porte de lancer le dîner…

 

A suivre

La boîte à musique * épisode 4

Rappel : « La boîte à musique » est une histoire écrite à 6 mains. Chacun a rédigé une partie du texte ci-dessous, à vous de trouver qui a écrit quoi.

Premier épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/01/la-boite-a-musique/

Deuxième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/13/la-boite-a-musique-episode-2-2/

Troisième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/27/la-boite-a-musique-episode-3/

 

 

Il s’agissait d’une femme, semblerait-il la gouvernante de la maison. Elle n’avait pas l’air surprise de l’arrivée de la petite famille. Surement était-ce le maître ou la maîtresse de maison qui avait fait venir les « officiels » pour les emmener ici…

Elle les mena alors dans l’entrée de la maison alors que l’homme et la femme en costume s’occupaient de leurs bagages. En entrant, Raphaël ne put s’empêcher de remarquer l’écusson placé au-dessus de la vaste porte…

V.C.

Il s’agissait des mêmes initiales que celles qu’il y avait sur cette boîte à musique. Son cœur s’emballait alors, tout était surement lié, ce ne pouvait être une simple coïncidence. Mais pourquoi maintenant ?

Il n’eut le temps que de se poser la question puisqu’il a été extirpé de ses pensées par le son de l’horloge qui sonnait 20 heures. Brusque retour à la réalité, il se mit alors à observer cette maison, ou devrait-il dire, ce manoir.

C’était exactement comme dans les livres qu’il avait pu lire. Une pièce énorme en guise d’entrée, des tableaux accrochés au mur (quoi que ceux-ci ne représentaient pas des portraits, mais de l’art contemporain), deux grands escaliers de chaque côté, d’immenses fenêtres.

Dans ses livres, lorsqu’on arrivait dans ce genre de maison, ça se finissait souvent mal… Pour la première fois, Raphaël espérait que la fiction qu’il aimait lire, ne soit pas une réalité.

Ses grands parents ne montraient aucunement ce qu’ils ressentaient, il les soupçonnait d’être inquiets, voire apeurés mais de le dissimuler pour ne pas l’effrayer. Pour le moment, ils semblaient être traités en invités plutôt qu’en otages.

Un homme de grande taille, en uniforme de valet tel qu’on voyait dans les vieux films, vêtu d’un gilet cintré et rayé sur chemise blanche, pantalon noir vint les chercher pour les conduire à l’étage. Il leur ouvrit la porte de leur chambre où leurs bagages se trouvaient déjà défaits. Leurs vêtements étaient suspendus dans de vastes penderies, comme s’ils allaient demeurer là très longtemps.

Raphaël examina attentivement chaque détail de chaque meuble qui se trouvait dans cette immense pièce. Il sursauta lorsque le valet referma la porte derrière lui en donnant un tour de clé. Voilà, on y était, il n’était plus question de se sentir seulement invité… Il eut envie de pleurer et dut se raisonner pour ne pas le faire, il se sentait bien seul tout à coup et démuni. Il continua son examen minutieux afin de se distraire de son angoisse.

Il cherchait inconsciemment trace des initiales aperçues au fronton de la bâtisse, et gravées sur la boîte à musique.

Il repensa à la clé joliment travaillée qui se trouvait toujours dans son sac à dos. Y avait il une chance infime pour qu’elle ouvre une serrure quelque part dans la maison ? …

Les questions se pressaient, toujours plus nombreuses dans sa tête, et aucune réponse pour le moment ne semblait devoir y être apportée.

Il comptait sur l’arrivée de sa mère pour l’éclairer, mais une terreur sourde naissait en son ventre quand il s’interrogeait sur le sort qui lui avait été réservé. Où pouvait-elle bien être ? Et pourquoi donc avait-elle pu choisir de venir les rejoindre quand elle le pourrait alors qu’ils avaient presque été enlevés lui et ses grands-parents. Décidément, peu importait dans quel sens il tournait ses problèmes, il ne percevait aucune explication. Et le silence de ceux qui les avaient amenés ici comme de ceux qui les avaient accueillis ne permettait aucune conjecture.

Il se félicita d’avoir gardé avec lui le sac-à-dos qui renfermait la boite à musique. S’il ne savait pas en quoi elle était liée à cette bâtisse, il ne doutait pas qu’on la lui aurait confisquée aussitôt qu’on l’aurait découverte. Quelque chose lui disait qu’avec cette boite il disposait d’un atout, s’il ignorait encore en quoi elle l’était, il ne souhaitait pas la leur céder aussi aisément. Il se rapprocha de la porte en tapinois et y colla son oreille. Rien, aucun bruit. Il revint jusqu’au lit aussi discrètement qu’il le pouvait, extirpa la boite de son sac et, non sans l’avoir serrée sur son cœur sans même y prendre garde, il l’enfonça aussi loin qu’il le pouvait sous le matelas. C’était une cachette ridicule, il en avait conscience. Mais c’était la seule dont il disposait pour l’heure et il décida de faire contre mauvaise fortune bon cœur.

Ainsi rassuré, il décida d’étudier la pièce. Le plafond était haut et orné de moulures. La tapisserie, les meubles, le parquet, étaient de teintes sombres et nobles. Le tout formait un ensemble classique certes, mais sans être désuet et si cela ne représentait en rien les goûts du préadolescent en matière de décoration, il était forcé de reconnaître la beauté froide et hautaine de la pièce. Bien que paraissant à première vue d’époque le mobilier était neuf pour ce que Raphaël pouvait en juger. Leur « hôte » ne manquait pas de ressources, ce décor bourgeois n’était pas une mascarade. Dans un geste machinal il écarta les rideaux d’une des deux grandes fenêtres. La lumière baissait à présent, c’est pourquoi il ne vit pas tout de suite l’homme en costume qui marchait dans le parc, une cigarette à la main. Une de ses mains était sur son oreille. Il téléphonait. Raphaël ouvrit la fenêtre aussi silencieusement qu’il le put.

–       Oui Monsieur nous sommes arrivés. […] Dans les chambres. […] Bien sûr Monsieur, si vous le jugez nécessaire, mais si je peux me permettre… […] Très bien Monsieur, je comprends. Au revoir.

L’homme raccrocha et se retourna pour rejoindre la bâtisse. Il leva les yeux et rencontra le regard de Raphaël. Ce regard surprit l’enfant. Il ne recélait aucune colère, au contraire, celui-ci cru un instant y déceler de la compréhension, de la lassitude peut-être aussi, mais surtout de la douceur.

Il n’était pas impossible qu’il y est dans cette maison quelqu’un qui puisse être un allié.

 

A suivre

La boîte à musique * épisode 3

Rappel : « La boîte à musique » est une histoire écrite à 6 mains. Chacun a rédigé une partie du texte ci-dessous, à vous de trouver qui a écrit quoi.

Premier épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/01/la-boite-a-musique/

Deuxième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/13/la-boite-a-musique-episode-2-2/

 

Raphaël n’avait pas trop de mal à accepter l’idée de se défaire de ses consoles de jeux. Les jouets qui avaient appartenu à l’enfant qu’il était une poignée d’années auparavant semblaient étonnamment bien plus difficiles à abandonner.

Une colère qu’il ne se connaissait pas cherchait depuis quelques mois à se frayer un passage dans ses sentiments, lui, qui avait toujours été si doux et si calme. A ce moment précis, alors qu’il posait son regard sur le coffre à jouets, elle brulait son cœur.

Une nouvelle fois on le contraignait à laisser derrière lui une partie de son enfance. La présence de la boite à musique dans son sac en était le parfait exemple. Sans compter qu’il ne savait pas où ils iraient, ni ce qu’ils deviendraient. Les secrets et les questions s’accumulaient bien trop rapidement.

Cette fois au moins, il avait besoin de réponses. La colère le rongeait, investissait ses sens un à un, troublait sa réflexion.

C’en était trop.

Il ressortit de sa chambre en trombe, claquant la porte à sa suite. S’il devait accepter de grandir, il devait être considéré comme un adulte, ou tout du moins plus comme un enfant.

Il descendit les escaliers à la volée et rejoignit son grand-père dans le salon. Ils étaient seuls, sa grand-mère s’activait à travers toute la maison pour ne pas laisser derrière eux ce dont ils auraient besoin.

« Assieds-toi, mon garçon…

 Tu ne me demandes pas pourquoi je ne fais pas mes bagages ?

 Tu as toujours été malin, bien plus intelligent que moi. Je me doutais que tu n’accepterais pas de simplement nous suivre bêtement. Pas sans explications. Pas cette fois. Après tout, tu n’es plus un gosse. »

L’amour qu’il portait à son grand-père brula en lui, bien plus fort que la colère. Sa détermination n’avait pas disparu, mais il se radoucit aussitôt.

« Pourquoi devons-nous partir ? Pour aller où ?

— Je n’en sais guère plus que toi, fils. Ces types ont débarqué, fagotés comme des ministres et nous ont simplement dit ce qu’ils t’ont répété.

— Tu ne sais donc rien.

— Rien de plus que toi. Ils ont éludé toutes nos questions. Ils ont parlé de nous conduire « à l’abri ».

— Et maman ?

— Ils s’en occupent aussi. Ils sont allés la prévenir au travail. Nous devons prendre ses affaires et ils la conduiront eux-mêmes là où ils nous emmènent.

— Qu’est-ce que tu penses de tout ça ?

— Tu sais, j’ai vécu des choses, des situations, dans lesquelles il valait mieux ne pas penser et se contenter de baisser la tête. Mais la vérité, c’est que je ne sais pas quoi penser. M’étonnerait pas qu’il y ait un lien avec cette « épidémie ». Mais je ne sais rien à proprement parler. Ils comptent nous emmener loin de la ville. C’est tout ce que je sais.

— On est vraiment obligé de les suivre ?

— Tu as une meilleure idée ? Je suis trop vieux pour résister. Et toi trop jeune. On n’a pas vraiment le choix. Va préparer tes affaires maintenant. Prends ton temps, ne laisse pas derrière toi des choses que tu pourrais regretter. Je ne sais pas ce qui nous attend, mais je crains que nous ne revenions pas de sitôt. »

Raphaël remonta dans sa chambre en silence. La mélodie de la boite à musique jouait fantomatiquement à son oreille. Le secret qu’elle recelait devrait manifestement attendre.

Il jeta un regard sur l’ensemble de sa chambre. Ces posters de ses groupes préférés au mur, les meubles qu’ils connaissait par cœur, au point de pouvoir se déplacer sans problème dans sa chambre même dans le noir, les peluches sur son lit, qui le rattachaient encore à son enfance, et la fenêtre…

Cette vue qu’il connaissait si bien, pour avoir passé des heures à la contempler, de jour comme de nuit. D’ici il voyait le jardin, ainsi que ceux des voisins aux alentours. Il avait passé du temps à regarder les voisins les soirs d’étés, leurs barbecues, leurs disputes parfois. Passé du temps à imaginer ce qu’ils se disaient. Cette vue, il lui fallait lui dire adieu, comme aux quatre murs de la chambre.

Il se décida alors, attrapa son sac à dos, en retira les quelques livres et cahiers, ainsi que sa trousse, tout en prenant soin de bien y laisser la boîte à musique. Il choisit quelques vêtements, un peu au hasard, cela lui importait peu, prit « Nourson », sa peluche fétiche, quelques livres… Et se rendit compte que son sac était déjà presque plein, qu’il allait falloir trancher dans le vif, se faire violence et forcément laisser ici, peut-être pour toujours certains objets auxquels il était vraiment attaché.

Raphaël avait toujours plus ou moins rêvé d’une aventure, et avait collectionné quelques objets qu’il aurait emmenés au cas où : couteau suisse, lampe de poche, allumettes. C’était le moment.

Une fois que son sac fut fait, il se retourna une dernière fois sur sa chambre. Bien qu’inaudible, ses lèvres avaient bien formulé une phrase : « A bientôt ».

Il sortit, referma la porte et descendit les marches à toute vitesse, comme pour fuir les adieux, qu’il n’avait jamais aimés.

Ses grands-parents l’attendaient, ils étaient prêts eux aussi, sac aux pieds. Les deux « officiels » les attendaient sur le perron. Ils mirent alors les bagages dans le coffre de cette grande voiture noire garée devant la maison.

Alors que Grand Père s’installait à la place du passager, Grand-Mère, Raphaël et la femme en tailleur pantalon s’installèrent à l’arrière.

Les vitres fumées de la longue voiture sombre ne permettaient pas aux passants de voir qui se trouvait à l’intérieur mais par contre Raphaël et les autres passagers pouvaient observer le paysage.

Bien sûr, c’est ce qu’il ne se privait pas de faire, curieux qu’il était de connaître leur mystérieuse destination. La voiture semblait glisser sur des rails, son moteur était silencieux, tout autant que l’habitacle où personne n’osait prendre la parole. Ce silence était pesant, oppressant, Raphaël l’aurait bien rompu, mais il ne savait comment.

Elle passa devant le collège, puis devant la maison de son meilleur pote, Bastien, et il eut le cœur serré en se demandant s’il aurait l’occasion de le revoir un jour et si celui-ci l’oublierait rapidement au cas où son absence se prolongerait.

Alors qu’ils avaient longé des paysages très différents, ville, rase campagne, la voiture s’engagea sur l’autoroute, l’angoisse de Raphaël augmenta encore d’un cran. Cela signifiait-il qu’ils allaient partir très loin de sa ville natale ?

La voiture roula environ quatre heures sur l’autoroute, puis la quitta. Les panneaux indiquaient Toulouse. Raphaël ne connaissait la ville que de nom, sa mère aimait à écouter les disques de Claude Nougaro qui avait tant célébré la ville rose. Mais ils ne semblaient pas prendre le chemin de la ville, au contraire, la voiture demeurait à la périphérie et finit par pénétrer dans le parc d’une vaste demeure, si vaste qu’on aurait presque pu la confondre avec un château.

L’homme qui était au volant stationna le véhicule après avoir fait crisser les pneus involontairement sur les graviers de l’allée. Sans doute alertée de leur arrivée par ce bruit inhabituel, une silhouette s’encadra dans la porte et vint à leur rencontre.

A suivre…

La boîte à musique * épisode 2

Rappel : « La boîte à musique » est une histoire écrite à 6 mains. Chacun a rédigé une partie du texte ci-dessous, à vous de trouver qui a écrit quoi.

Vous pouvez lire le premier épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/01/la-boite-a-musique/

Il n’a aucune idée de combien de temps il a passé dans le grenier. Il espère juste que ses grands-parents n’auront pas remarqué son absence et ne s’en seront pas inquiétés. Ils sont âgés à présent, et il les sent fragilisés.

Tout en courant, il réfléchit presque aussi vite que ses pieds martèlent le sol. Les questions se bousculent, il cherche à se souvenir d’où venait la boîte à musique, il l’a connue durant toute son enfance, mais est intrigué par les initiales V.C. qui l’ornent. Ce ne sont celles d’aucun membre de sa famille. Et cette fameuse clé, que peut –elle donc bien ouvrir ? Et surtout qui a les réponses à ces questions ?

Soudain pourtant, il ne pense plus à la boîte à musique, c’est parce qu’il passe devant le grand bâtiment qui a pris feu la veille, ce 3 mai 2005. C’était une briquèterie qui employait la moitié de la ville. Fort heureusement, bien qu’on ait été un mardi, les locaux étaient déserts. Une récente épidémie avait frappé la majorité du personnel, et il avait été décidé une fermeture sanitaire d’une semaine afin de désinfecter la totalité du matériel et du bâtiment. Là il ne sera plus besoin de désinfecter, le feu avait tout ravagé ou presque, expliquant la poussière ou plutôt la cendre qui s’était dispersée partout aux alentours et avait même pénétré le grenier.

 

Ses mains en étaient recouvertes. Il n’y avait prêté attention qu’en remarquant les traces de ses doigts sur le mot qu’il avait découvert. Il se demanda un instant si ces cendres n’étaient pas dangereuses, mais le mystère qui entourait la boîte le perturbait bien plus. Pourtant, la peur de l’épidémie se faufilait chaque jour un peu plus en lui, telle une ombre rampante. Et s’accentuait depuis que son grand-père toussait. Il y avait de plus en plus de malades, et de plus en plus d’incendies. La maison de retraite avait brûlé un mois auparavant, tout comme l’hôtel de la Place quelques semaines avant. Etaient-ce ces étranges incidents qui l’avaient poussé à pénétrer dans cette maison qui l’avait vu naître ? Il avait surtout eu peur qu’elle brûle sans qu’il puisse la revoir une dernière fois, sans qu’il puisse lui dire adieu, comme il lui semblait devoir dire adieu à l’enfant qu’il n’était déjà plus tout à fait.

Il ralentit en entrant dans la rue où vivaient ses grands-parents, il préférait mener l’interrogatoire que le subir. La boîte à musique représentait un atout, l’as qu’il garderait dans sa manche avant de l’abattre en cas de réponse trop évasive. Le silence de sa mère sur sa petite enfance et le départ son père l’avaient contraint depuis longtemps à questionner ses grands-parents sitôt que l’occasion se présentait. Il avait acquis au fil des années de véritables qualités de détective, du moins en était-il convaincu. Il était patient, et rusé. Mais quelque chose en lui murmurait qu’il ne devait pas trainer cette fois. Il était convaincu que la toux de son grand-père n’avait rien à voir avec l’épidémie, même si l’inquiétude de sa grand-mère ne le laissait pas indifférent. Ce qu’il redoutait le plus était de devoir quitter la ville et abandonner ainsi tous les indices et toutes les pistes qui auraient pu le mener jusqu’à son père. Le travail de sa mère se faisait moins lucratif chaque mois, et la menace d’une maladie étrange dont on ne savait pas grand-chose et qui rendait les gens tendus et nerveux les avait amenés à aborder le sujet au dîner quelques jours avant.

Il arrivait enfin. Une voiture qu’il ne connaissait pas était garée négligemment devant le portail d’entrée. Ses inquiétudes et ses questions s’évanouissaient à mesure qu’il gravissait les marches du perron une à une. Il en oublia la boîte à musique une seconde, alors qu’il tournait la poignée de la porte et pénétrait dans la maison.

 

Deux personnes, un homme et une femme, habillés de manière un peu trop « officielle » pour être des amis se tenaient debout dans le couloir. Ils étaient tournés vers ses grands-parents, et une grande discussion semblait se tenir.

Ils n’avaient pas encore remarqué la présence de l’enfant, qui put entendre alors la fin de la phrase :

« Comme vous le savez, votre famille DOIT absolument être transférée en lieu sûr »

Cela sentait le départ précipité… En lieu sûr par rapport à quoi ? Et pourquoi notre famille ? Qu’a-t-elle de si spécial pour que des personnes importantes – ou tout du moins qui ont l’air de l’être – veuillent la mettre à l’abri ?

Alors dans ses interrogations, le garçon ne prit plus les précautions pour ne faire aucun bruit, et se fit remarquer d’un grincement de lattes de parquet…

« Raphaël, tu es rentré ? » s’exclamait Grand-Mère qui semblait inquiète de toute cette situation. Difficile d’ailleurs de savoir si ce qui l’inquiétait était l’absence prolongée de son petit-fils, le départ précipité annoncé, ou le fait que le petit ait pu entendre la conversation…

L’homme en costume prit à son tour la parole.

« Tiens, Raphaël, nous t’attendions justement ! Je crois que tes grands parents ont à te parler. Installe-toi !

— Qu’est-ce qui se passe Grand Père ? Vous me faites peur !

— Ne t’en fais pas ! indiqua le Grand Père, il s’agit de simples mesures de sécurité, je vais t’expliquer. Tu es au courant des récents évènements qui ont eu lieu dans la ville, il semblerait que l’on ne soit plus vraiment hors de danger ici… »

Il eut une quinte de toux qu’il tenta de contenir, en vain, avant de reprendre :

« Pour des raisons que je ne peux t’expliquer tout de suite, notre famille doit être mise à l’abri. C’est pourquoi ces deux personnes sont là, elles sont venues nous chercher. »

Il fit une courte pause avant de reprendre.

« Ecoute-moi, cela ne va pas être facile, mais il va falloir que tu ailles rassembler très rapidement les affaires qui comptent le plus pour toi, nous ne savons pas encore quand, ni si on reviendra ici. Tu n’auras pas non plus le temps de dire au revoir à tes copains, il faut qu’on soit partis d’ici une heure. »

Raphaël, acquiesça sans dire un mot. Il comprit rapidement qu’il n’y avait pas le temps ici pour les questions et que cela ne servirait à rien de résister. Il se contenta d’aller dans sa chambre pour y trouver les choses dont il ne pourrait se passer. Cela s’annonçait difficile…

 A suivre…

 

 

La boîte à musique

Nouveau jeu chez Ecrits Croisés, Mots Liés. Cette fois nous écrivons un texte à 6 mains, puisque Venise, Cédric et moi-même avons écrit ensemble ce texte.

On partait avec une musique de départ, et chacun à notre tour avons écrit une partie du texte.

Saurez-vous retrouver qui a écrit quoi ?

Gawel

La musique : Music Box de René Aubry

Il remontait lentement le mécanisme de la petite boîte qu’il venait de retrouver…

Elle faisait partie des derniers vestiges d’une époque qui lui semblait si lointaine, déjà du haut de ses 12 ans.

Parmi tous les objets qui auraient pu attirer son attention dans cet amas de vieux objets, cette boîte à musique était celui qui l’avait immédiatement captivé.

Encore toute poussiéreuse – était-ce le poids des années, ou la conséquence de ce qui s’était passé ces dernières vingt-quatre heures ? – la première chose qu’il fit en la voyant était de souffler sur son couvercle pour envoyer danser ces fines particules dans l’air.

Malgré un âge avancé, le précieux objet était encore intact, hormis quelques éraflures de ci de là. Elle avait un liseré doré, et sur le couvercle un motif fleuri et ces initiales : V.C.

Lorsqu’il l’avait ouverte, la boîte découvrait alors une clé accompagnée d’un petit mot qu’il avait d’abord mis de côté. Il aurait tout le temps de découvrir ce qu’il disait.

Mais là ce dont il avait besoin, c’était de se raccrocher à quelque chose qu’il connaissait, quelque chose qui le rassurerait. Il voulait entendre cette mélodie qui avait bercé son enfance, alors après avoir fini d’enrouler le ressort du mécanisme, il relâcha tout, laissant entendre le son de la musique comme de son émotion…

Sans s’en rendre compte, il ferma les yeux et se trouva emporté en quelques secondes dans sa chambre d’enfant. Celle où il avait vécu ses cinq premières années.

A ses narines l’inimitable parfum de sa chambre, savant mélange des effluves du parquet ciré, de la couverture toute douce et fraîchement lavée, l’odeur de ses jouets, celui du coffre en bois. Il ressent même la température qui y régnait l’hiver, la chaleur sous la couverture et le froid au bout du nez car la nuit on ne chauffait pas, question d’économie mais aussi parce que c’est meilleur pour la santé disait sa mère.

Il ferme les paupières encore un peu plus fort, et là c’est la main de sa mère caressant sa joue qu’il sent, parce qu’elle faisait toujours ça avant de le laisser seul. Elle mettait en route la boîte à musique, n’oubliait jamais de laisser la porte entrouverte afin que le noir complet n’envahisse pas la chambre, caressait sa joue une dernière fois, et déjà il fermait les yeux en écoutant le bruissement de sa jupe et ses pas qui s’éloignaient dans le couloir.

Mais la musique s’interrompt déjà et il rouvre les yeux, se trouvant plongé à nouveau brusquement dans la réalité.

Afin de s’en évader durant encore quelques instants, il déplie le papier qui était déposé à l’intérieur de la boîte. L’écriture à l’encre turquoise ne lui est pas familière et il a du mal à déchiffrer la signature. Il arrive cependant à lire….

A celui ou celle qui trouvera cette boîte,

J’ai retrouvé cette boîte à musique dans ce qui semblait être la chambre d’enfant au premier étage. Quant à la clé, elle bloquait le mécanisme de la boîte, je ne sais pas ce qu’elle ouvre. J’ai eu beau chercher dans toute la maison, je n’ai pas trouvé la serrure à laquelle elle correspondait. J’ai été incapable de les jeter, et je n’ai pas retrouvé les anciens locataires pour les leur remettre. Ils sont partis sans laisser d’adresse. S’il vous plait, conservez-les si possible, peut-être reviendront-ils un jour.

Hélène locataire de 1999 à 2002

Des larmes de reconnaissance tout autant que de nostalgie coulaient sur ses joues. Il n’est plus un enfant à présent, bien que loin d’être un adulte. Il n’est plus le petit garçon qui a besoin de la mélodie de la boîte pour s’endormir. Mais il voudrait de tout son cœur pouvoir serrer dans ses bras cette Hélène qui a préservé pour lui une partie de son enfance. Il n’a jamais su pourquoi ils étaient partis si précipitamment. Néanmoins, il comprend à présent que le fait d’abandonner la boîte dans cette maison ne constituait pas un oubli. Parcourant le grenier recouvert de la poussière délicate du souvenir, il contemple tous ces objets que les locataires qui leur ont succédé ont laissés derrière eux, suivant leur exemple. Chacun de ces objets recèle-t-il, comme pour lui, un indice d’une histoire dont ils ont perdu le fil ? Il voudrait se laisser aller à les étudier, mais ne peut se le permettre, chacun est un sanctuaire, y fourrer le nez serait les profaner.

Il ramasse la clé et la porte devant ses yeux. Que peut-elle bien ouvrir ? Et qui a décidé de la laisser ici ? Ce père qu’il n’a pas revu depuis leur déménagement, ou sa mère avec qui il est allé s’installer chez ses grands-parents ? Il est venu chercher des souvenirs, peut-être des réponses, et voici qu’il ne trouve que de nouvelles questions. Cependant, avoir retrouvé la boîte à musique est déjà magnifique. C’est un cadeau du ciel. Il la fourre dans son sac et se relève, abandonnant les trésors du grenier de cette maison où ne résonne à présent que le vide. Il repasse par la porte dérobée qui ouvre sur le garage resté ouvert et reprend sa route qui aurait dû le mener du collège chez ses grands-parents. Ses pieds battant le trottoir il se demande s’il aura le courage de les interroger une nouvelle fois.

 

A suivre…

La suite est à lire ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/13/la-boite-a-musique-episode-2-2/

Danser

Sur une photo proposée par Gaël

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La pluie joue des claquettes contre la vitre.

J’ai toujours aimé ce son, l’un des plus beaux à mon sens.

C’est en voulant me perdre dans la contemplation de ces larmes de ciel que je le vois, lui, clapotant maladroitement de ses pieds sous son parapluie.

Les accords et les paroles de ce classique des standards américains résonnent à mon esprit. Et j’éclate de rire. C’est magnifique. Aussi inattendu qu’amusant. Un de ces moments qui font naitre un sourire sur vos lèvres sans même que vous vous en rendiez compte. C’est attendrissant. Touchant même à quel point il fait peu de cas de ces regards qui peuvent tomber sur lui comme l’eau sur son parapluie. Il y a quelque chose de magique à le voir gesticuler ainsi.

C’est une promesse que la liberté n’est pas illusoire.

Je me demande si celle, ou celui, à qui ce spectacle est dédié le voit avec autant de tendresse que moi. De la tendresse, oui, devant la spontanéité, l’audace.

Englué dans nos vies et nos jours ternes, nous en oublions que rien n’est figé. Que nous pouvons danser la pluie, comme ça, sans raison. Que rien ne nous retient vraiment.

C’est étrange, je pense, raisonne, devant l’expression même de l’action. Devant l’expression de la vie. Je le vois, lui, danser, se jouer du monde et de ses regards, et j’intellectualise, au lieu de le rejoindre. Je me sens ridicule devant une telle leçon. Je suis persuadé que ce n’est pas de l’humilité de sa part, simplement une danse. A quoi, ou à qui, pense-t-il ? Qu’est-ce qui lui a donné tant de courage ? Faut-il du courage pour apprendre à vivre ainsi ?

Et voici qu’une nouvelle fois je m’abime dans mes réflexions. Je peins cette distance illusoire qui nous sépare, de mes couleurs.

Je refuse de vivre. Je ne suis pas prêt. Et puis, je n’aime pas danser. C’est la vérité. Le regard des autres m’écrase tant que mes gestes en sont gênés, lourds. Je sais au fond de moi que par ma démarche même, je cherche ces regards, je cherche à les attirer, cherche la honte pour pouvoir me cloitrer plus avant en moi-même.

Même ici, alors que je suis seul, mes mouvements et mes pensées sont mesurés, je suis prisonnier d’un regard intérieur, accusateur, et aux yeux duquel je suis coupable.

Cet homme qui joue des claquettes dans la rue ne me fait plus rire. Il est pathétique. Surement un fou. On ne se laisse pas aller ainsi en société. On se retient, on se mesure. Où irait le monde si chacun faisait de même ? Quelle honte ! J’espère pour lui qu’il ne connaît personne ici. Se ridiculiser ainsi… Pourquoi ?

Et pourtant, pourtant je ressens encore cette pointe de tendresse. Pourtant, je sais que c’est moi qui me rends ridicule de ne pas accepter la liberté dont il fait preuve. Et ça m’énerve.

Oui, ça fait naitre en moi la colère, la jalousie. Tout ça parce que j’ai peur.

Un jour, j’oserai danser ainsi sous la pluie. Un jour, avant ma mort, c’est certain. Parce que c’est beau de danser ainsi.

Je me le promets, je ne mourrai pas tant que je n’aurai pas dansé ainsi.

10 Minutes (côté jardin)

photo_venise

Sur une photo prise et proposée par Venise

A lire après 10 Minutes (côté fosse)

10 minutes…

10 minutes avant le concert. La première partie vient de se terminer, un groupe local qui était chargé de chauffer l’ambiance avant notre entrée sur scène.

Dans les loges, c’est le silence et la concentration qui règnent. Dehors ils doivent être en train de passer la playlist qu’on a fournie, on entend de très loin le public chanter.

Et ça rend le trac encore plus présent. On a beau en être à des années d’expérience, à avoir fait des scènes bien plus grandes, à avoir fait le tour du monde, à chaque concert c’est pareil : le trac.

J’ai cette chance d’être plus ou moins caché derrière mes claviers, mais caché ou pas, mes notes s’entendent et s’entendront. Et le public a beau être acquis à notre cause, je ne tiens pas à les décevoir d’une note à côté.

C’est l’heure du rituel, à chaque concert, 5 minutes avant l’entrée en scène on se rassemble, telle une mêlée. C’est à ce moment que le mot « groupe » prend tout son sens. On ne forme qu’un, solidaires dans la joie comme dans les moments plus difficiles.

Une fois le cri de guerre lâche, chacun se munit de ce dont il aura besoin, bouteilles d’eau, baguettes de batterie, médiators, …

La playlist se coupe dans les enceintes, c’est le moment…

On se dirige tous vers la scène…

Les lumières s’éteignent et…

10 Minutes (côté fosse)

photo_cedric

Sur une photo proposée par Cédric

10 minutes…

10 minutes avant le concert. La première partie vient de se terminer, un groupe local qui était chargé de chauffer l’ambiance avant l’arrivée du « vrai » groupe.

Les « chauffeurs de salle » partis, les roadies prennent le relais et une playlist se mit à retentir dans les enceintes au dessus de la scène pour faire patienter le public en musique. Du Queen, Bohemian Rhapsody. On a beau être à un concert de Metal, tout le monde sait d’où est héritée cette musique, et cette chanson de Queen reste un monument pour tous. Alors nous la reprenons tous en chœur.

Si le public n’était pas assez prêt, là nos cordes vocales sont bel et bien prêtes à accueillir le groupe qui arrive.

Ça y est, tout le matos de la première partie est débarrassée, et on commence à apercevoir le matériel du groupe tant attendu, les impressionnants claviers, le mur d’amplis (ou mur du son), et est déployé à l’arrière de la scène la bannière du groupe : un O comme Opeth

A sa vue, tout le public se met à scander le nom du groupe, les 5 dernières minutes d’attente se font longues. Des roadies se succèdent pour faire les balances, plaisir éphémère de ceux qui vivent dans l’ombre et qui auraient certainement rêvé de la carrière de ceux pour qui ils travaillent, ils entament quelques riffs connus. Ils cachent bien leur bonheur à être devant cette foule, mais il n’empêche qu’ils en profitent.

Les balances sont faites, l’excitation monte dans le public. Et ça se sent, comme une osmose entre toutes les personnes présentes dans la foule, qui ressentent tous la même chose, qui attendent tous les mêmes personnes.

La playlist se coupe dans les enceintes, c’est le moment…

Les lumières s’éteignent et…

(A lire avec ça en fond : http://www.youtube.com/watch?v=iw4PS4HO2Dw)