8 heures 30

venise3

Contrainte donnée par un twitto : 8 h 30 « en faire ce que je veux » voici ce qui en est sorti

8 h 30…

La boule dans son ventre semble propulsée telle la bille du flipper qu’actionnerait un joueur fou.

La sonnerie vient juste de retentir. Il est l’heure de les affronter. Eux, ce sont ceux qui devraient lui ressembler, les autres élèves de cette classe de cours élémentaire, eux à qui elle aimerait tant ressembler mais qui lui font sentir qu’elle est différente.

Tout la distingue, tout la classe dans les minorités, elle est typée, on dirait une asiatique alors qu’elle ne l’est qu’à moitié, fille de divorcés alors que tous ont leurs deux parents sagement unis et mariés, protestante dans une région catholique.

Elle est bonne élève, sans forcer, parce qu’elle aime ça, étudier. Cela crée une raison de plus d’être exposée à la jalousie et au ressentiment des autres enfants. Ils la traitent de fayotte mais c’est juste qu’elle n’a que ça dans sa vie, l’école. Elle est enfant unique, dans un monde d’adultes, fermé sur lui-même.

Elle a bien essayé de se joindre à un groupe ou à l’autre. Mais toujours, quelque chose la distingue, trop mal vêtue pour le groupe des mini top models, trop empotée pour le groupe des garçons manqués agiles qui occupent l’espace de la cour.

Alors, elle reste seule, assise sous le préau, pas tout à fait seule à vrai dire.

Depuis l’an dernier, elle a découvert un monde merveilleux, celui des livres. L’apprentissage a été facile, alors que certains de ses camarades de classe butaient sur les syllabes. Mais elle était impatiente sans même savoir exactement pourquoi, à croire qu’elle devinait que dans les livres se cachaient des univers infinis.

Elle s’en était un peu doutée en écoutant les histoires que parfois sa grand-mère lui avait lues. Mais les déchiffrer par elle-même c’était si différent. Aller à son rythme, pouvoir s’interrompre pour rêver lorsque l’histoire s’y prêtait, lire et relire plusieurs fois cet enchaînement de mots qui avait déclenché telle ou telle émotion. S’attacher aux personnages, les imaginer, elle aurait presque pu s’adresser à eux.

D’ailleurs c’est un peu ce qui arrivait quand dans l’obscurité, bien au chaud sous sa couette, elle leur parlait en pensées.

La voici qui s’évade encore dans ses rêves, mais il n’est plus temps, aller, il faut entrer en classe, pas question d’être en retard et d’ajouter encore un motif à la liste des brimades auxquelles elle s’expose involontairement juste parce qu’elle est… elle.

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