Cachet d’aspirine

Il y a des gens qui sont blancs. Et il y a ceux qui sont pâles. Tendance fantôme. C’est mon cas.

On pourrait croire que, du coup, je ne peux qu’ignorer ce qu’est le racisme.

Faux.

D’abord parce que certaines personnes ont besoin de faire souffrir les autres. Peu importe votre origine, votre religion, votre couleur de peau, votre accent, la couleur de vos cheveux ou de vos yeux, elles trouveront quelque chose à vous reprocher. La haine n’a pas de couleur, pas de religion. La bêtise non plus.

Et puis, je n’ai pas l’acceptation facile. Je suis bien né comme on dit. A l’abri. Toute ma vie j’ai entendu des « toi, tu n’auras jamais rien à faire ».

Sauf que je n’ai pas été élevé comme ça. Le respect, la confiance et l’argent, ça se gagne. L’amour, ça se conquiert et ça s’entretient.

Je ne me suis jamais senti « intégré » à ce monde, malgré les apparentes facilités qui m’étaient offertes. Est-ce que c’est ça qui a fait que je me sentais mieux avec ceux qui en étaient exclu ? On pourrait creuser là-dessous j’imagine, mais ce serait vain.

Ce qui est « amusant » par contre, c’est le nombre de fois où je me suis fait contrôlé parce que les gens avec qui je passais le plus de temps étaient des arabes, des noirs, des juifs ou des asiatiques. Ce qui est amusant c’est le nombre de fois où des gens que je connaissais tournaient la tête pour ne pas avoir à saluer ces « gens de couleur » avec qui j’étais.

Certains jours c’était drôle, j’arrivais à en rire, d’autres non.

Ce qui est amusant c’est qu’on me traitait de sale arabe, de feuj, de rital et j’en passe. Ce qui est amusant c’est que quand j’étais avec mes potes, eux m’appelaient « blanche neige », « cachet d’aspirine », « cul blanc » ou même « négro », et qu’il n’y avait aucune haine là-dedans.

Mais ce qui me fait le plus marrer c’est que ma couleur de peau ne trahit pas mes origines.

Un de mes arrière-grands-pères se faisaient appeler Antonin. Je ne l’ai connu que sous ce nom là. Son prénom était en fait Elie. Pourquoi ce « pseudonyme », à vrai dire je n’en sais rien. Mon grand-père maternel n’a jamais su qui était son père, il était né à Sète et était bien trop basané pour être « honnête » selon les critères de certains.

Quelles sont mes origines, je n’en sais rien à vrai dire. Et je m’en fous. Mon beau-père est vietnamien, né en France, abandonné à la naissance et, élevé par des français, il ne sait presque rien de son pays d’origine. Le peu qu’il sait, il l’a apprit dans des livres. Mon fils est donc un quart vietnamien mais cette origine ne signifiera pas grand-chose pour lui. Ce qui signifie par contre beaucoup à mes yeux, c’est que pour lui, comme le dit Gawel, la couleur de peau n’est pas plus importante que la couleur d’un sweat, et ça, j’en suis fier.

Nous ne sommes que des citoyens du monde qui ne faisons que passer.

Je suis blanc, tendance vampire, et j’ai souffert du racisme. A l’endroit, et à l’envers quelques fois. La preuve que personne n’est à l’abri de la bêtise. Pour moi un noir est un noir, un arabe, un arabe, un asiatique, un asiatique et je ne vois rien de péjoratif en ces termes, tant qu’on respecte la personne.

Je me rappelle que le jeu préféré de mon meilleur ami, marocain de confession musulmane, était de faire changer d’avis des racistes. Imaginez, vous êtes blanc ou blanche, le seul dans un groupe de six ou sept personnes. Centre ville un samedi après-midi, les rues sont bondées. Soudain, une personne vous apostrophe, « T’as pas honte toi de trainer avec des arabes ?! Et vous, vous avez rien d’autre à faire que de vous pavaner ? ». Je ne savais même pas quoi répondre. Une telle attaque de bêtise au milieu de tout et de tous me laissait pantois. Et là, mon ami, Adil, dont le nom sur les papiers était Adel pour faire plus français, lui met la main sur l’épaule. Sincèrement, sur le coup, je crains le pire. « Venez avec moi, je vous paie un café. » Et à force de persuasion, il est parvenu à faire assoir cet homme à notre table. Nous avons passé deux heures avec lui. Quand nous nous sommes séparés, tout le monde souriait, lui compris. C’est pas une fable, pas un conte, mais du vécu.

Le racisme existe, oui, c’est une réalité. Mais il n’y a pas de couleur pour être triste, bête, intelligent, ignorant, bon ou mauvais, ni pour avoir peur. Pas de couleur pour se tromper. Et pas de couleur pour pardonner.

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