Le monde leur appartient

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Sur une photo proposée par Gawel

Le parc était leur terrain de jeu préféré.

Quand on est enfant tout nous semble plus grand. Et c’est ce qu’ils ressentaient. Comme si dans leur champ de vision résidait l’univers tout entier. Une infinité de possibilités.

Ils se retrouvaient aussitôt qu’ils le pouvaient. Le premier qu’on laissait sortir allait en courant chercher les autres. Ni le temps ni les éléments n’avaient de prise sur leur amitié.

Mais le parc était Leur Endroit.

Invariablement, à l’instant même où la cloche retentissait, ils se ruaient sur leurs bancs. A peine s’éteint ils installés que le jeu commençait.

A tour de rôle, chacun imaginait la vie des passants, des joueurs de foot, des amoureux couchés dans l’herbe ou de ces artistes qui venaient chercher l’inspiration.

Il y avait une candeur étrange dans leurs histoires. Une lucidité effrayante qu’aucun enfant ne devrait posséder, alliée à la puissance d’imaginaires ignorant encore les limites imposées par la bienséance ou l’expérience.

Ce lieu était sacré. Loin de ceux qui les couvaient de leurs regards, ils étaient les maitres de destinées tissées par leurs soins.

Oh bien sûr, il leur arrivait d’être moqueurs. Mais ils connaissaient la peine d’être raillés, eux qui n’appartiendraient jamais vraiment à ce monde.

Ils n’étaient eux-mêmes qu’ensemble, emportés par leurs imaginaires. Le temps filait leurs liens, entremêlant leurs vies dans lesquelles ils s’épanouissaient à l’unisson.

C’était le temps de l’innocence et de la découverte du monde. Des secrets et des mystères ordinaires qui se paraient de reflets dorés à travers leurs yeux.

Le monde doit être un enfant pour s’offrir ainsi aux jeunes esprits.

Les couleurs se faisaient plus denses, la lumière plus intense, les sons cristallins.

Leurs rires résonnaient encore après leur départ pour le dîner. La nuit effaçait ce que leurs mots avaient peint, telle une ardoise magique. Le jour attendait leur venue pour se parer de ses plus beaux atours et leur offrir l’inspiration la plus pure.

Malgré le temps qui a passé, ils reviennent parfois s’asseoir sur les bancs voisins de ceux qu’ils occupaient alors. Ils contemplent du coin de l’œil leurs héritiers, les jalousent même un peu.

Ils se taquinent, s’amusent à inventer des histoires, encore, et à les partager, toujours.

Ils rêvent ensemble, créent les mêmes scénarios simples, avec des outils différents.

Et tout comme les enfants qu’ils étaient hier encore, le monde leur appartient.

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