Libre

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Sur une photo proposée par Venise

Libre.

Ce n’est pas juste un sentiment de liberté, non. Il est libre.

L’odeur des pins et de la sève qui les parcourt.

La brise qui court sur l’eau, danse sur les vagues paresseuses, et se gorge d’écume avant d’en répandre les effluves sur les côtes qu’elle balaie.

L’horizon sans fin et les promesses des rivages que son regard embrasse.

Le bruissement des buissons et des branches, les craquements du bois.

La chaleur de l’astre qui monte et étend sa lumière.

L’air emplit ses poumons. Il respire.

Il est libre.

Libre, et ce n’est pas qu’un mot. Il le ressent au plus profond de sa conscience ce vide, cette absence de barrière.

Le sentiment d’être enfin à sa place, et de pouvoir en changer sans rien attendre si celle-ci ne lui convient plus.

Il est des instants fugitifs comme celui-ci où les planètes, les étoiles semblent être alignées. Des instants où tout fait sens, comme si l’univers s’adressait à nous. Cet instant n’a plus rien de fugitif pour lui. Il vit dans ce non-temps.

Toute fatigue parait l’avoir fuit  à jamais.

Il irait à son rythme désormais, un rythme doux et puissant. Trainant aussi, parfois, tels les accents de ceux qui étaient nés ici et n’avaient pas quitté la terre qui les avait vu naitre.

Il écrivait aujourd’hui une nouvelle histoire. La sienne. Celle qui était inscrite sur le parchemin de sa peau avait disparu. Il en était exempt.

Maitre de ses possibilités, plus rien ne le retenait. Des souvenirs brillent en lui, milliards d’étoiles, de sourires, de joies. De peines aussi. Pourtant, à leur évocation, il ne ressent ni tristesse ni nostalgie, simplement un océan de paix, une reconnaissance sans bornes d’avoir vécu toutes ces choses.

Appuyé sur le tronc d’un cyprès immense, tapit dans son ombre, il contemple la vie renaitre avec le jour. Les bateaux qui rentrent au port, ceux qui s’en éloignent. Les volets battants qui s’ouvrent. Les mères qui appellent leurs enfants pour les réveiller. Les insectes qui entonnent leurs chants mélodieux.

Cet endroit est son port à lui. Il lui aura fallu une vie pour y être à nouveau.

Par habitude plus que par envie, il aimerait allumer une cigarette. Regarder la fumée danser, se superposer à la mer. Mais il n’en a plus besoin à présent. Il le sent, il le sait, sans même s’interroger ou s’en inquiéter.

Il ne s’attendait pas à tout ceci. Il avait peur. Après tout, tout le monde avait peur. Si les gens savaient.

En lui résonne l’apaisement. Quelque part, pas très loin d’ici brille l’héritage qu’il a laissé. Un héritage dont la valeur ne peut être estimée, car elle ne se dénombre pas.

Il est en paix. N’est-ce pas ce qu’on dit non ? Il comprenait maintenant cette phrase qu’il avait refusé toute sa vie de prononcer. Repose en paix. C’est à présent ce qu’il s’astreindrait à faire.

Reposer en paix.

Arpenter ces rivages, longer cette mer si chère à ce cœur qui ne battait plus, mais avait été le sien.

Le lien qui l’unissait à ceux qu’il avait dû laisser l’attirerait à eux si sa présence leur était nécessaire. Mais en attendant un tel moment, il reposerait en paix.

Ici, là où le soleil gorge le vin de saveurs aussi chaudes que la terre.

Là où le temps importe peu.

Là où son murmure trouverait sa place, emportant dans le vent les accents de sa voix.

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