La boîte à musique * épisode 3

Rappel : « La boîte à musique » est une histoire écrite à 6 mains. Chacun a rédigé une partie du texte ci-dessous, à vous de trouver qui a écrit quoi.

Premier épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/01/la-boite-a-musique/

Deuxième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/13/la-boite-a-musique-episode-2-2/

 

Raphaël n’avait pas trop de mal à accepter l’idée de se défaire de ses consoles de jeux. Les jouets qui avaient appartenu à l’enfant qu’il était une poignée d’années auparavant semblaient étonnamment bien plus difficiles à abandonner.

Une colère qu’il ne se connaissait pas cherchait depuis quelques mois à se frayer un passage dans ses sentiments, lui, qui avait toujours été si doux et si calme. A ce moment précis, alors qu’il posait son regard sur le coffre à jouets, elle brulait son cœur.

Une nouvelle fois on le contraignait à laisser derrière lui une partie de son enfance. La présence de la boite à musique dans son sac en était le parfait exemple. Sans compter qu’il ne savait pas où ils iraient, ni ce qu’ils deviendraient. Les secrets et les questions s’accumulaient bien trop rapidement.

Cette fois au moins, il avait besoin de réponses. La colère le rongeait, investissait ses sens un à un, troublait sa réflexion.

C’en était trop.

Il ressortit de sa chambre en trombe, claquant la porte à sa suite. S’il devait accepter de grandir, il devait être considéré comme un adulte, ou tout du moins plus comme un enfant.

Il descendit les escaliers à la volée et rejoignit son grand-père dans le salon. Ils étaient seuls, sa grand-mère s’activait à travers toute la maison pour ne pas laisser derrière eux ce dont ils auraient besoin.

« Assieds-toi, mon garçon…

 Tu ne me demandes pas pourquoi je ne fais pas mes bagages ?

 Tu as toujours été malin, bien plus intelligent que moi. Je me doutais que tu n’accepterais pas de simplement nous suivre bêtement. Pas sans explications. Pas cette fois. Après tout, tu n’es plus un gosse. »

L’amour qu’il portait à son grand-père brula en lui, bien plus fort que la colère. Sa détermination n’avait pas disparu, mais il se radoucit aussitôt.

« Pourquoi devons-nous partir ? Pour aller où ?

— Je n’en sais guère plus que toi, fils. Ces types ont débarqué, fagotés comme des ministres et nous ont simplement dit ce qu’ils t’ont répété.

— Tu ne sais donc rien.

— Rien de plus que toi. Ils ont éludé toutes nos questions. Ils ont parlé de nous conduire « à l’abri ».

— Et maman ?

— Ils s’en occupent aussi. Ils sont allés la prévenir au travail. Nous devons prendre ses affaires et ils la conduiront eux-mêmes là où ils nous emmènent.

— Qu’est-ce que tu penses de tout ça ?

— Tu sais, j’ai vécu des choses, des situations, dans lesquelles il valait mieux ne pas penser et se contenter de baisser la tête. Mais la vérité, c’est que je ne sais pas quoi penser. M’étonnerait pas qu’il y ait un lien avec cette « épidémie ». Mais je ne sais rien à proprement parler. Ils comptent nous emmener loin de la ville. C’est tout ce que je sais.

— On est vraiment obligé de les suivre ?

— Tu as une meilleure idée ? Je suis trop vieux pour résister. Et toi trop jeune. On n’a pas vraiment le choix. Va préparer tes affaires maintenant. Prends ton temps, ne laisse pas derrière toi des choses que tu pourrais regretter. Je ne sais pas ce qui nous attend, mais je crains que nous ne revenions pas de sitôt. »

Raphaël remonta dans sa chambre en silence. La mélodie de la boite à musique jouait fantomatiquement à son oreille. Le secret qu’elle recelait devrait manifestement attendre.

Il jeta un regard sur l’ensemble de sa chambre. Ces posters de ses groupes préférés au mur, les meubles qu’ils connaissait par cœur, au point de pouvoir se déplacer sans problème dans sa chambre même dans le noir, les peluches sur son lit, qui le rattachaient encore à son enfance, et la fenêtre…

Cette vue qu’il connaissait si bien, pour avoir passé des heures à la contempler, de jour comme de nuit. D’ici il voyait le jardin, ainsi que ceux des voisins aux alentours. Il avait passé du temps à regarder les voisins les soirs d’étés, leurs barbecues, leurs disputes parfois. Passé du temps à imaginer ce qu’ils se disaient. Cette vue, il lui fallait lui dire adieu, comme aux quatre murs de la chambre.

Il se décida alors, attrapa son sac à dos, en retira les quelques livres et cahiers, ainsi que sa trousse, tout en prenant soin de bien y laisser la boîte à musique. Il choisit quelques vêtements, un peu au hasard, cela lui importait peu, prit « Nourson », sa peluche fétiche, quelques livres… Et se rendit compte que son sac était déjà presque plein, qu’il allait falloir trancher dans le vif, se faire violence et forcément laisser ici, peut-être pour toujours certains objets auxquels il était vraiment attaché.

Raphaël avait toujours plus ou moins rêvé d’une aventure, et avait collectionné quelques objets qu’il aurait emmenés au cas où : couteau suisse, lampe de poche, allumettes. C’était le moment.

Une fois que son sac fut fait, il se retourna une dernière fois sur sa chambre. Bien qu’inaudible, ses lèvres avaient bien formulé une phrase : « A bientôt ».

Il sortit, referma la porte et descendit les marches à toute vitesse, comme pour fuir les adieux, qu’il n’avait jamais aimés.

Ses grands-parents l’attendaient, ils étaient prêts eux aussi, sac aux pieds. Les deux « officiels » les attendaient sur le perron. Ils mirent alors les bagages dans le coffre de cette grande voiture noire garée devant la maison.

Alors que Grand Père s’installait à la place du passager, Grand-Mère, Raphaël et la femme en tailleur pantalon s’installèrent à l’arrière.

Les vitres fumées de la longue voiture sombre ne permettaient pas aux passants de voir qui se trouvait à l’intérieur mais par contre Raphaël et les autres passagers pouvaient observer le paysage.

Bien sûr, c’est ce qu’il ne se privait pas de faire, curieux qu’il était de connaître leur mystérieuse destination. La voiture semblait glisser sur des rails, son moteur était silencieux, tout autant que l’habitacle où personne n’osait prendre la parole. Ce silence était pesant, oppressant, Raphaël l’aurait bien rompu, mais il ne savait comment.

Elle passa devant le collège, puis devant la maison de son meilleur pote, Bastien, et il eut le cœur serré en se demandant s’il aurait l’occasion de le revoir un jour et si celui-ci l’oublierait rapidement au cas où son absence se prolongerait.

Alors qu’ils avaient longé des paysages très différents, ville, rase campagne, la voiture s’engagea sur l’autoroute, l’angoisse de Raphaël augmenta encore d’un cran. Cela signifiait-il qu’ils allaient partir très loin de sa ville natale ?

La voiture roula environ quatre heures sur l’autoroute, puis la quitta. Les panneaux indiquaient Toulouse. Raphaël ne connaissait la ville que de nom, sa mère aimait à écouter les disques de Claude Nougaro qui avait tant célébré la ville rose. Mais ils ne semblaient pas prendre le chemin de la ville, au contraire, la voiture demeurait à la périphérie et finit par pénétrer dans le parc d’une vaste demeure, si vaste qu’on aurait presque pu la confondre avec un château.

L’homme qui était au volant stationna le véhicule après avoir fait crisser les pneus involontairement sur les graviers de l’allée. Sans doute alertée de leur arrivée par ce bruit inhabituel, une silhouette s’encadra dans la porte et vint à leur rencontre.

A suivre…

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4 réflexions sur “La boîte à musique * épisode 3

  1. Quel suspens…..
    On ne sait pas où vous nous emmenez,
    pas plus qu’on ne sait ce qu’on risque d’y trouver en chemin…
    Mais, précédez-moi, je vous y suis … de près, et de mon plein gré 🙂
    Bravo au trio.

  2. Le suspens perdure mais j’ai eu un peu moins peur 🙂
    J ai meme cru un moment que Raphael allait décider de rester.
    C’est passionnant haletant, un grand meaulnes moderne, peut etre avec ce chateau aux abords de Toulouse.
    Vivement la suite.

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