La boîte à musique * épisode 6

Rappel : « La boîte à musique » est une histoire écrite à 6 mains. Chacun a rédigé une partie du texte ci-dessous, à vous de trouver qui a écrit quoi.

Premier épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/01/la-boite-a-musique/

Deuxième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/13/la-boite-a-musique-episode-2-2/

Troisième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/04/27/la-boite-a-musique-episode-3/

Quatrième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/06/06/la-boite-a-musique-episode-4/

Cinquième épisode ici : https://ecritscroisesmotslies.wordpress.com/2014/07/01/la-boite-a-musique-episode-5/

Bonne lecture ! 

 

Malgré ses excellentes manières et sa tenue exemplaire, Frédéric n’avait rien de sympathique. Il était froid, méprisant. Ses gestes semblaient dire tout haut ce que sa bouche taisait, le dédain évident avec lequel il considérait les convives attablés autour de lui.

C’est envers Raphaël qu’il se montrait le plus moqueur. Celui-ci faisait tout pour masquer son inexpérience à être assis autour d’une telle table, sur laquelle trônaient des couverts lourds et magnifiques avec lesquels il ne se sentait que plus mal à l’aise. Il tentait vainement d’imiter l’adolescent assis en bout de table, qui n’était manifestement que plus amusé de contempler ses échecs.

Frédéric était empli de mépris, c’était un fait. Pourtant son attitude avait quelque chose d’étrange, de plus profond, et semblait dirigée spécialement vers Raphaël. Il n’était guère plus souriant envers les grands-parents de ce dernier, néanmoins il avait semblé au jeune garçon surprendre quelques regards plus doux en direction du couple.

Raphaël connaissait cette attitude de défi, cet air supérieur de certains adolescents envers leurs cadets, il en avait maintes fois fait l’expérience au collège. C’est pourquoi il se taisait. Il refusait de laisser Frédéric prendre de l’ascendant simplement parce qu’il savait la raison de leur présence ici. De son côté, l’adolescent semblait décidé à conserver le silence et le pouvoir qu’il lui conférait.

Les plats se succédèrent ainsi, on aurait pu entendre une mouche voler s’il y en avait eu une. Mais au vu de la demeure, de son faste et du nombre important de domestiques qui y travaillaient, Raphaël pouvait presque imaginer que l’un d’entre eux était exclusivement dévolu à l’extermination de ces indésirables. Seuls les « Monsieur », « Madame » des serveurs brisaient le silence, jusqu’à ce que le grand-père de Raphaël ne frappe sur la table.

« Frédéric, mon garçon, crois-moi quand je te dis que je suis désolé de ce qui est arrivé à tes parents ainsi qu’à ton grand-père. Tu n’es pas mon petit-fils, mais je pense pouvoir me permettre de te dire qu’il est plus que temps de cesser de jouer les maîtres de maison et de changer d’attitude face à ton seul cousin. En attendant que ton oncle et sa mère arrivent, tu es le seul à tout savoir, tu as le droit de ne pas l’apprécier, mais tu dois le mettre au courant. »

Pour la première fois, l’auto-proclamé maître de maison parut décontenancé, et en perdit l’assurance qu’il affichait pourtant ostensiblement jusqu’alors sur son visage…

« Mais je … »

Il se mit à regarder l’aïeul puis Raphaël dont il pouvait deviner aisément la curiosité. Il déglutit puis poursuivit…

« Bon, la vérité c’est que je ne sais pas tout, mais uniquement les grandes lignes. C’est en rapport avec l’épidémie qui a frappé votre village et l’incident de la briquèterie. Nous devions vous protéger de cette épidémie pour conserver le trésor de la famille.

— Le trésor de la famille ?

— Quoi, vous n’allez pas me dire que Raph n’est même pas au courant du secret de cette famille ? »

Raphaël lança un regard interrogateur vers son grand-père…

« Je crois qu’il est temps que tu sois au courant, tu es assez grand maintenant et nous ne pouvons plus te le cacher. N’as-tu jamais remarqué à quel point tu étais capable de percevoir ce qu’une personne située proche de toi ressentait ?

— Si, c’est ce qu’on appelle de l’empathie, non ?

— En réalité, il s’agit de bien plus que cela. Tu ne fais pas que deviner les sentiments des autres, tu les ressens, ils vibrent en toi. C’est le secret de notre famille Raphaël, nous percevons ces choses, mieux que quiconque, il s’agit d’un don, qui par moment s’apparente davantage à une malédiction… »

Raphaël accusa le coup.

Il lui semblait que la foudre venait de s’abattre sur lui, et en même temps, c’était comme s’il avait toujours su ou perçu ce qu’il venait d’entendre énoncé pour la première fois. Lui revinrent en rafale des souvenirs de divers évènements survenus à différentes époques de sa jeune vie.

Cette femme croisée dans la rue et dont il avait su sans que rien ne puisse l’expliquer quelle était sa vie de femme maltraitée. Lui était apparu en traversant à ses côtés le passage protégé comme un flash, une sorte de court métrage la montrant agenouillée sur le carrelage de ce qui semblait être une cuisine et implorant un homme en train d’abattre sa main sur elle à maintes reprises.

C’était aussi cette fois où en classe, il avait ressenti si fort le chagrin de sa voisine de table. Pourtant en apparence, rien n’aurait pu laisser deviner sa détresse intérieure. Elle semblait normale, telle qu’on pouvait l’observer chaque jour, et pourtant son monde venait de s’effrondrer la veille. Lors du dîner, ses parents avaient pris un air grave pour lui annoncer qu’ils allaient se séparer. Depuis lors, elle était devenue une automate, mais aucun observateur même averti n’avait rien pu deviner, à part Raphaël.

De telles anecdotes, il en aurait eu des dizaines à raconter maintenant qu’il pouvait mettre un nom dessus. Passé ce moment de surprise, les questions se bousculaient. Il en avait l’habitude, il avait tant de questions et recevait si peu de réponses.

Il choisit de s’adresser à la fois à son grand père et à ce mystérieux cousin dont il n’avait jusqu’alors jamais entendu parler.

–       Un don, je comprends, car cela permet d’aider, d’assister ceux dont on ressent les émotions, mais pourquoi parler d’une malédiction ?

 

Bien que s’étant tourné tour à tour vers Frédéric et vers son grand père, la réponse tarda à venir.

 

A suivre… 

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